Hervé Floch : 1996-2015, du LMJ à la Route des Lasers

 Depuis Alfred Kastler, la région Aquitaine est forte d’une longue tradition en matière d’optique (voir l’article sur André Ducasse). L’Université de Bordeaux, une des trois premières à avoir reçu le label initiative d’excellence, dans le cadre du programme Investissement d’avenir. Ce label illustre la qualité de l’enseignement, la recherche de l’Université de Bordeaux dans son ensemble.

 

Pourquoi le LMJ ?

 

Après le moratoire décidé par le président François Mitterrand en 1992, sur les expérimentations nucléaires de la France dans le Pacifique, qui alimentaient la crédibilité de la dissuasion française, Jacques Chirac, son successeur, décide de reprendre les essais. Il s’agit de préparer au mieux le passage à l’ère de la simulation. En janvier 1996, au terme de « l’ultime campagne », Jacques Chirac annonce l’arrêt définitif des essais nucléaire de la France. Cela ne signifie pas que la France renonce à son volet stratégique de défense national. La France passe au programme « Simulation », qui se substitue au programme classique de vérification expérimentale des prévisions des scientifiques et des ingénieurs du CEA.

 

Le programme simulation repose sur trois piliers : compréhension de la physique mise en œuvre dans les armes, évaluation de la sûreté et de la fiabilité du fonctionnement par simulation numérique (supercalculateurs), et confrontation à un résultat expérimental en laboratoire. C’est là qu’apparaît le Laser Mégajoule. C’est un très grand instrument de recherche, à l’instar du Large Hadron Collider, qui permet de reproduire en laboratoire les conditions physiques de la matière dans une arme de dissuasion : la fusion nucléaire. Après collecte des données issues de l’interaction laser/matière, les résultats seront confrontés à ceux issus du calcul, ce qui permettra de pérenniser la dissuasion.

 

Des conséquences régionales importantes

 

 Cette décision politique majeure, de mettre l’un des deux plus grands instruments laser au monde (seul équivalent : le National Ignition Facility de Livermore, en Californie, USA), se traduit par un changement important en Aquitaine dans le domaine de la photonique. Depuis que le département laser de puissance est venu de la région parisienne sur le site du Barp, la région Aquitaine accueille près de 300 chercheurs, ingénieurs et techniciens. Cela constitue un germe sur lequel on fait de la croissance depuis treize ans, le temps que se mettent en place les acteurs et les structures. C’est aux environs de 2001/2002 que le CEA dépose la marque Route des Lasers. En effet, parler de « Vallée des lasers », étant donné le relief de la région…

 

Quatre acteurs jouent un rôle majeur pour lancer le projet territorial : le préfet de région, Christian Frémont, accompagné du secrétaire général pour les affaires régionales Yannick Imbert, Le président de la région Aquitaine Alain Rousset, et le directeur du CEA/CESTA, Serge Durand. Il s’agit de penser au mieux l’accompagnement en termes de recherche, d’innovation, de transfert de technologie de formation et de soutien industriel. Un certain nombre de briques se met en place. Le centre de formation PYLA nait en 2004, qui œuvre aussi avec l’Université de Bordeaux. En parallèle est créée la société d’économie mixte locale « Route des Lasers », qui gère le foncier et le bâti des parcs industriels. Le pôle de compétitivité Route des Lasers est officiellement labellisé en 2005.

 

Rapidement, une réflexion est menée, notamment avec Gilles Duffau, pour imaginer un centre de transfert de technologie. C’est le Centre de Ressource Technologiques (label CRT) ALPhANOV, qui nait en 2007. Pour la gouvernance de tout cet écosystème est créée l’association Alpha, qui est la gouvernance de ce pôle. Les pièces du puzzle s’assemblent progressivement. L’écosystème est attractif, une trentaine de startups s’installent.

 

En 2008, une autre composante apparaît, à l’initiative de la CCI de Bordeaux, du CEA et du Pôle de compétitivité, qui est une convention d’affaire. Il s’agit de permettre à des entreprises porteuses d’innovations photoniques de capter du financement privé. L’innovation est souvent adossée à un modèle de financement en partenariat public/privé. Cette convention, « Invest in photonics » participe de ce partenariat, pour inciter à investir dans l’innovation technologique. On a d’un coté la recherche (plus de 600 personnes), et de l’autre des industriels. Des domaines d’applications ont été choisis, autour des lasers : l’imagerie, l’énergie, la santé, gain de compétitivité et productivité des entreprises, l’instrumentation et les équipements, et depuis 2014, l’aéronautique, espace et systèmes embarqués, en partenariat avec Aerospace Valley (autre pôle de compétitivité en Aquitaine, dans le domaine de l’aéronautique et l’aérospatiale).

 

En douze ou treize ans, ce sont plus de 1500 emplois directs hautement qualifiés qui ont été créés, auxquels on  peut ajouter 6000 emplois indirects. Avec l’activité universitaire, ce sont environ 10000 emplois qui forment une nouvelle économie sur les hautes technologies. Ce mouvement ira en s’amplifiant. La photonique a été fichée par la comission européenne comme l’une des six technologies clés au plan européen. C’est une politique qui s’inscrit dans la durée.

 

 De plus, depuis le salon du Bourget 2015, la Route des Lasers a conclu un partenariat avec Opticsvalley, le réseau des hautes technologies en Ile-de-France, pour « coordonner les compétences et forces de recherche, accompagner la croissance des PME et pour accélérer la dynamique nationale autour de la photonique française ».

 

Le rôle de la RdL est d’animer cet écosystème. Il s’agit de suivre les thématiques de recherche, en suivant les retombées industrielles possiblement induites, d’être à l’affût d’idée, d’innovations, pour minimiser le déchet des idées et des projets qui émergent. Il s’agit de faciliter les rencontre et l’échange d’idée, faciliter l’accès au financement, à l’international, à la formation. Le Pôle ne s’ingère pas dans le fonctionnement d’une structure comme ALPhANOV, mais le fait de se parler et d’échanger. Par exemple, le LAPHIA, produit lui aussi du programme Investissement d’Avenir, consortium de laboratoires, anime et facilite les échange entre les 220 scientifiques, et le pôle dialogue avec LAPHIA (voir article sur Lionel Canioni) pour être informé des thématiques de recherche au sein de ce laboratoire.