Laurent Sarger : 1970-2015, transversalité et formations

La transversalité comme maître mot

 

Au début des années 1970, après avoir obtenu l’agrégation, Laurent Sarger entre au laboratoire de physique nucléaire. Son professeur est très intéressé par la transversalité des domaines, ce qui lui permet de travailler avec Bernard Couillaud et André Ducasse, au CPMOH (voir article sur André Ducasse). Le premier sujet de recherche porte sur les rapports entre l’état du noyau atomique et les propriétés lumineuses, autrement appelée interaction hyperfine. Le projet initial est de travailler sur des accélérateurs capables de produire des atomes radioactifs de courte durée de vie et de mesurer leurs propriétés optiques. A l’époque, beaucoup de technologies Laser existent sur le marché, ce qui permet l'ouverture de nombreux sujets, tant qu’il y a de l’optique et des lasers.

 

Dans les années 1980, après un séjour aux États Unis, il travaille sur la modification de la rigidité des membranes cellulaires par excitation lumineuse, c'est-à-dire un applicatif à la biologie de la technologie laser. Il travaille également sur l’asservissement de fréquence, pour affiner la fréquence d’émission du laser (qui n'émet pas nécessairement exactement une seule fréquence). Ces concepts, au départ utilisés en spectroscopie à très haute résolution, continuent d’être repris longtemps après dans d’autres domaines. Il découvre ensuite aux États Unis que le laser peut influencer l’électronique, en injectant des charges précises dans des circuits. Cela peut avoir des applications en aérospatiale, permettant de tester les blindages des circuits en les soumettant à des rayonnements analogues à ceux qu’ils subissent dans l’espace.

 

En 1987, un chercheur de l’Institut de Chimie de la Matière Condensée (ICMCB) développe des matériaux vitreux. Ami avec André Ducasse, il vient le trouver car il se doute qu’il faudrait également étudier les propriétés non-linéaires de ces matériaux, les propriétés optiques. Cela permet à Laurent Sarger de créer une thématique de recherche, avec un « excellent thésard », Lionel Canioni, sur le sujet « matériaux et lasers ». De plus en plus de gens s’y intéressent, dans les conférences, et les collaborations se multiplient, jusqu’à la University Central Florida (Orlando). Par la suite, cette thématique de recherche explose, avec bon nombre d’applications industrielles, jusqu’au Laser Mégajoule (voir l’article sur Lionel Canioni). Au CPMOH est développée une métrologie absolue, par opposition à une métrologie relative pratiquée. Désormais, l’idée est d’avoir les conditions les plus pures, pour déterminer quels matériaux sont les plus performants. Dans cette analyse des matériaux, il y a une vraie collaboration entre l’ICMCB et le CPMOH, une mise en commun des compétences, et pas simplement un aller-retour entre les laboratoires. Au bout du compte, le LMJ a profité de ces compétences, car elles permettent d’avoir des verres avec de fortes propriétés optiques.

 

Une tradition de formation

 

Au début des années 1970, Jean-René Lalanne, du Centre de Recherche Paul Pascal, vient au début au CPMOH proposer de se mêler de formation professionnelle. Le CEA commence à installer des technologies de mesure de projectile par laser. Quatre sujets pertinents émergent autour des applications laser. Un stage général est mis en place : « Le laser, son fonctionnement, ses possibilités ». Il faut trouver les sujets, des conférenciers, faire les plans, préparer les expériences, faire venir les industriels pour faire les démonstrations. Les intervenants sont ravis de venir parler de leurs technologies, et le stage est un succès. L’opportunité est réelle pour les industriels : à la différence d’un salon où le public n’est pas forcément ciblé, ils y a là une audience dédiée, des gens vraiment intéressés par la technologie, donc de potentiels acheteurs.

 

Par la suite Laurent Sarger continue de travailler à la formation industrielle, dans le cadre d’un cycle de formation aux lasers ultra-courts. Il s’agit, en 1986-1988 de nouveaux lasers, et tout le monde en veut. Le ministère dispose de peu de fond pour ce domaine, et les accorde à cette formation dont il est sûr qu’elle est de qualité.

 

Un peu avant l’installation du Laser Mégajoule, le directeur de l’ADERA (Association pour le Développement de l’Enseignement et des Recherches auprès des universités, des centres de Recherche et des entreprises d’Aquitaine) demande à Laurent Sarger de préparer quelque chose sur les lasers de très forte puissance. Ils n’ont pas forcément les capacités dans le domaine des lasers ultra-intenses, mais le savoir-faire organisationnel, ainsi que le carnet d’adresse rend possible la réalisation d'un tel programme. Ce savoir-faire en ingénierie de la formation en optique, permet la création de la plateforme PYLA (voir l’article sur Hervé Floch).

 

Il s’agit de se structurer, avant le pôle de compétitivité, en lien avec l’Université et les entreprises. Rapidement Laurent Sarger souligne la nécessité de s’ouvrir à l’international. Il cherche à faire l’équivalent de la formation laser intense, en anglais au niveau européen. Il obtient des financements Erasmus, et permet pendant trois ans à 35 personnes de se former, ce qui accroit la réputation de Bordeaux.

 

A propos de la formation initiale, le master CUCIPHY est créé. Il s’agit d’avoir également les deux pendants des métiers de technico-commercial. Une licence professionnelle de contrôle et maintenance est également créée. Un programme d’échange avec les États Unis est aussi mis en place, le programme Atlantis.

 

Laurent Sarger participe également au pôle de compétitivité Route des Lasers.